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7 tours installées en Saumurois pour lutter contre le gel des vignes

http://www.saumur-kiosque.com/infos_article.php?id_actu=43192

En 2017, 10 vignerons ont formé la CUMA « Éole », du nom du maître et du régisseur des vents dans la mythologie grecque. Mais attention, on ne parle pas pour autant d'éoliennes, plutôt de tours antigel. Ces engins métalliques de 11 mètres de haut pour des pales allant de 5 à 6 mètres ont pour mission de lutter contre le gel des vignes, protéger les récoltes et sauver les emplois. En février, 7 ont été installées en Saumurois.

 

Amélie Neau, Patrice Duveau, Patricia Bonnin et Marie-Françoise Ratron, 4 des 10 viticulteurs de la CUMA « Éole »

Couvrir plus large qu'avec les brûleurs à gaz

Ce collectif de 10 domaines, créé spécialement pour le projet des tours antigel, peut être considéré comme le petit frère de la CUMA « L'Épi », née il y a une quinzaine d'années et présidée par Jean-Luc Joseph. Elle avait été créée pour investir dans des « FrostGuard », « des brûleurs à gaz mobiles qui sont toujours en fonctionnement, mais qui répondent à des besoins plus individuels », précise Patrice Duveau du Domaine de la Guilloterie (Saint-Cyr-en-Bourg).

« Le dispositif protège 50 hectares de vignes »

Pour couvrir une surface viticole plus importante lors des périodes de gel, 7 tours antigel fonctionnant au gaz (auparavant au fuel) ont été installées en Saumurois le lundi 26 février dernier. « Au total désormais, en comptant les 17 FrostGuard et les tours antigel, le dispositif protège 50 hectares de vignes », précise Amélie Neau. Les parcelles sont situées sur la départementale 93, entre Saint-Cyr-en-Bourg et Brézé. « Chaque domaine ne couvre pas forcément la même surface. L'investissement de chaque vigneron est donc calculé au prorata de ses hectares protégés », explique la viticultrice du Domaine de Nerleux, situé à Saint-Cyr-en-Bourg.

Des tours protégeant jusqu'à -5°C pour éviter les pertes de 2016 et 2017

Les tours, qui culminent à 11 mètres de haut sans compter les pales de 5 ou 6 mètres, dont les hélices tournent (10 minutes pour faire le tour), ne passent pas totalement inaperçues et sont un peu bruyantes... Mais « si ça gèle, ça veut dire pas de récolte et pas d'emploi. Toute nouvelle implantation peut faire peur, mais les interrogations arrivent souvent par méconnaissance. Nous sommes en plus conformes à un arrêté préfectoral », rappelle Marie-Françoise Ratron. Ces nouvelles tours antigel ont dû servir pendant 2 heures, dans la nuit du 1er au 2 mai dernier, avec des températures comprises entre -0,2 et -0,3°C. Une première expérience plutôt tranquille pour ces machines qui « peuvent résister à des températures avoisinant les -5°C », ajoute Patricia Bonnin. « Mais s'il fait -6 ou -8°C, il faudra réchauffer avec des bougies au sol », complète la viticultrice. Heureusement, les Saints de Glace n'ont, eux aussi, pas fait de dégâts. « Ça n'a pas sonné et ça fait maintenant 10 ans qu'on ne subit pas de pertes à ce moment-là. Ce qui nous a surtout poussés à investir dans ce matériel, c'est de ne plus subir les épisodes de gel comme ceux de fin avril 2017 (ndlr : relire nos articles iciici, et ici). En 2017, nous avons eu environ 40% de perte dans le vignoble de Saint-Cyr-en-Bourg à cause du gel. En 2016, 30% des vignes avaient été anéanties par les gelées tardives. 2 années de suite comme cela, ça nous a fait réfléchir... Qui plus, les tours antigel sont plus efficaces que d'autres techniques. L'hélicoptère, par exemple, ne peut pas décoller avant le lever du jour... et le dégât est déjà fait ! », commente Patrice Duveau. 

Un budget de 300 000 euros avec des aides régionales et européennes

Pour s'offrir cet équipement de protection, les vignerons de la CUMA « Éole » ont reçu des aides de l'Europe et de la région des Pays de la Loire. « Ces aides représentent 30% du budget d'investissement total de la coopérative, c'est-à-dire 90 000 des 300 000 euros. C'est un projet qui a d'ailleurs pu aboutir grâce aux politiques locaux, qui nous ont bien accompagnés dans notre démarche », se réjouit Patrice Duveau. Pour une seule tour antigel, l'investissement s'élève à 45 000 euros (40 000 euros pour le matériel et 5 000 euros pour l'installation). Mais le jeu en vaut la chandelle pour ces viticulteurs... Marie-Françoise Ratron (Clos des Cordeliers), notamment : « Les bonbonnes de gaz peuvent tenir en moyenne 30 ou 40 heures, soit 5 ou 6 nuits, et le moteur ne se change qu'au bout de 20 ans. Même si on espère ne jamais s'en servir ». Et Amélie Neau d'ajouter : « C'est une dynamique collective. Les 10 viticulteurs ont répondu présents. La force de notre collectif, c'est que chacun mette sa tour dans son coin et que l'un puisse couvrir l'autre, et vice versa ». À noter qu'il n'y a pas d'autres CUMA spécialement créées pour l'acquisition de tours antigel sur le Saumurois. « Nous n'avons pas fait de récolte pleine depuis 10 ans, peut-être à cause du dérèglement climatique. Ça a toujours gelé, mais ces dernières années, c'est plus tôt. On se protège pour anticiper cela », conclut Patricia Bonnin de l'EARL Bonnin, à Saint-Cyr-en-Bourg. 

(1) Coopérative d'Utilisation de Matériel Agricole.

 


9 viticulteurs de Saint-Cyr-en-Bourg et ses alentours (Amélie Neau, Patrice Duveau, Patricia Bonnin, Julien Fouet, Jean-Luc Joseph, Arnaud Lambert, Guillaume Le Lay, Bruno Dubois et Sylvain Thibault), accompagnés de Marie-Françoise Ratron, viticultrice à Souzay-Champigny, ont créé ensemble la CUMA (1) « Éole » l'année dernière, présidée par Julien Fouet (Domaine Fouet à Saint-Cyr-en-Bourg).